1980-2010.
Artiste plasticien, écrivain, né en 1980 en France en banlieue parisienne. Après des études d’arts appliqués et un diplôme supérieur à l’ESAA Duperré (Paris. 2003) en poche, il décide après quelques expériences dans la mode et le design de se consacrer pleinement et librement à son travail artistique, multipliant les rencontres et les collaborations au fil des années. Riche d’un travail pour le moins hétéroclite, Gumo ne s’inflige aucune contrainte si ce n’est celle de s’exprimer aussi librement que possible avec ce que notre environnement nous offre de supports et de variétés. Du graffiti dans la rue à une toile dans une cave, de collages à un texte couché sur papier, son travail n’a pas réellement de fil conducteur mais semble davantage conduit par les énergies variables qui nous entourent, mélange de colère, de passion, de trash, de naïf, emprunt parfois d’une rare violence tant physique que morale, rarement calme comme le reflet de ce qu’on voit de nous et autour de nous dans ce monde et cette vie qu’on s’est choisit. « Aussi loin que je m’en souvienne j’ai toujours été fasciné par la peinture, par l’image, par les mots. Il y a un truc primitif à écrire un mot, une forme sur le sol, sur un mur, dans le sable ou un ciment bien frais. Je serais bien incapable d’exprimer ce que cela signifie, mais cette fascination m’a conduit très tôt à prendre conscience de ce qui m’entoure, de l'espace, des formes, des gens, à observer plus qu’à participer parfois par contraintes souventpar choix, à voir une certaine facette de la vie, plus sale, moins saine, plus triste, plus vraie et c’est ce qui me motive quand je réfléchis, quand je travaille, quand j’écris. Il me semble qu’en tant qu’artiste surtout aujourd’hui, que notre rôle n’est pas tant de divertir que de faire réfléchir, on a cette possibilité que ce soit par les mots, la musique ou la peinture de dire, de parler, de prendre position. C’est ce que j’ai aimé par exemple très jeune dans le graffiti. Puisqu’on nous renie, qu’on nie notre individualité et bien le graffiti semblait nous donner la possibilité de la faire exister par ce nom qu’on peint frénétiquement partout ou s’est humainement possible de le faire et puis c'est un combat à armes égales, si tu repeints, effaces et bien on reviendra et on recommencera jusqu’à ce qu’on tombe ou que tu capitules. Quand tu prends un gars comme Oéno qui a été jusqu’en prison pour de la peinture tu te dis que ce que tu fais est « juste » car à mon sens, le gars leur a prouvé en jouant le jeu qu’il était plus fort qu’eux et qu’ils ne pourraient rien contre ce pouvoir d’être visible partout et reconnu par beaucoup pour ça. Ils en ont fait un king au delà du microcosme qu'est le graffiti. Et puis il y a toute cette énergie qui se dégage quand tu peins ou colles dans la rue. C’est comme faire l’expérience de notre environnement d’une façon aléatoire mais chaque fois nouvelle, je ne parle même pas du risque, de l’interdit, mais vraiment de ce qui peut exister dans ces moments là entre l’environnement et nous, cette relation un peu tendre et violente. … Quand on me demande de qualifier mon travail, d’expliquer de quel courant il se rapproche j’ai simplement envie de répondre…j’en sais rien ! Je suis franc.
Je n’ai pas vraiment de démarche si ce n'est "OZ" et en soit s’est déjà une démarche, mais en réalité l’école m’a trop ennuyé à cause de ce besoin qu’on a tout le temps de se justifier, et pourquoi si et pourquoi ça, pourquoi tel artiste m’a inspiré, etc. Je ne trouve rien de plus désagréable que de demander pourquoi on a fait ceci ou cela, l’important c’est que c’est là, après on peut se poser, en parler et discuter de tout, de rien, là je pense qu’on comprendra pourquoi on a fait cela, qu’on l’a fait de cette manière et pas d’une autre.
Je dirais que "OZ" est le fil rouge grignoté dans mon travail, quand je relis mes textes par exemple et que j’essaie de trouver un ordre autre que chronologique c’est l’enfer car il n’y a aucune suite, c’est même pas un puzzle. J’écris juste le moment, quelque chose, une chose après l’autre. Pareil lorsque je peins. Parfois je fais des recherches sur un sujet qui m’a interpellé, qui m’a attristé, mis en colère ou juste plu, je me documente, je cherche à en savoir plus, je travaille à partir de ça, de cette base et puis ça reste ainsi et souvent lorsque je reviens sur la toile j’efface, je rajoute, je mélange. Un jour après l’autre. Les éléments déclencheurs sont toujours là, présents, mais ils sont obligés de cohabiter avec d’autres qui leurs sont peut-être inconnus dans notre réalité à nous. Ce sont des voyages pour trouver une image qui s’en rapprocherait. Et puis parfois j’amène mon idée, mon envie de départ à termes, d’une traite, sans la laisser respirer, sans lui laisser le temps, sans que mon énergie de départ ne change, n'évolue. Cette liberté, ce chaos, me sont indispensables pour faire. Lorsque je veux écrire par exemple je prends toujours de la musique, je la choisis soigneusement pour qu’elle active l’énergie dans laquelle je suis et ce que je veux faire passer et puis je la repasse en boucle, encore et encore pour être complètement plongé dedans. D’ailleurs on me l’a déjà dit, « tiens tu as du changer de musique à partir de tel ou tel endroit ». Bah ouai… … Bien sur je suis plein de références, j’ai grandi en regardant Picasso, Van Gogh et puis Warhol, Basquiat, de Kooning, Keith Harring, etc… et je suis fier de cela car je suis toujours aussi fan et impressionné lorsque je vois leurs œuvres dans un grand musée, Guernica est sans hésiter l’une de mes peintures préférées. C’est juste…violent. Mais je suis aussi inspiré par les artistes que je rencontre, que je découvre aujourd’hui comme hier, ils me motivent, me font réfléchir, ce sont eux mes vrais modèles, mes vraies passions, Aaron 'Sharp' Goodstone, Shuck One, Mode 2, Dondi, Grim Team...pour ne citer qu'eux. Je pense qu’on s’inspire tous les uns les autres et je trouve cela sain puisqu’on a les mêmes références au passé en commun et qu’on construit finalement quelque chose ensemble pour définir notre présent pour le futur. »
"OZ". by Gumo
La thématique du monde de Oz remonte à très loin et est une véritable démarche artistique pour moi. C'est un fil conducteur à toutes mes créations sur différents supports et correspond également à la perception que j'ai surtout de notre civilisation actuelle.
De ce fait, mon travail peut être qualifié de réinterprétation des codes brutaux de la ville mais surtout de la banlieue car c'est elle qui m'a fait, qui me nourrit et que je nourris. Aucune banlieue n'est identique et pourtant partout elles se resemblent dans les codes qu'elles se créent.
Quelques références:
livre mythique, publié en 1900, écrit par Lyman Franck Baum et illustré par William Wallace Denslow, le magicien d'Oz a inspiré un autre mythe de la culture américaine populaire, le film de la MGM réalisé par Victor Fleming avec la non moins mythique Judy Garland en Dorothy.
Il est important de noter que cette histoire est une métaphore économique de la problématique de l'époque lors d'une crise financière qui touche les agriculteurs de l'ouest et durant laquelle il y aura une lutte âpre aux présidentielles entre le défenseur de l'étalon d'or et le défenseur de l'étalon d'argent.
Chaque personnage du conte représente un des antagonistes de cette histoire réelle pour devenir, par la suite, une pure mythologie populaire.
Reprise aujourd'hui de façon non explicite dans l'univers télévisuel par une série simplement nommée "Oz", ce mythe est de nouveau présenté sous forme de métaphores pour parler d'une population abîmée et détruite qui doit cohabitée dans un univers carcéral expérimental et quasi théâtrale, "the Emerald city".
Ces histoires, apparemment sans lien, sont en fait des métaphores des problèmes sociaux américains qui sévissent aux USA mais qui sont transposables à chaque endroit du monde ou l'Homme vit. (Sophie Cavaliero)
Oz n'est jamais bien loin de nous...
En effet:
"Alice au pays des merveilles ne tiendrait pas une journée à Oz.
Le magicien est un vieux vaudou haïtien, ancien camé au crack, le robot en fer blanc est un juif russe qui donnait dans le proxénétisme de ses propres compatriotes, l'épouvantail un irlandais qui a bouffé ses parents et se fait tremper ses timbres poste dans du LSD concentré, même le Lion porte un collier, il n'a plus de dents et n'a jamais connu une autre jungle que celle de cet enfer ou l'on vit !
J'adore Dorothy, vraiment. Quelle petite snobinarde sortie d'un Desperate housewife provinciale qui s'est faite violé par son beau père et qui a noyé son enfant parce qu'elle la croyait possédée par le Diable. Il y a du Shirley Bellinger chez cette fille..
Oz..C'est le nom de...
Je n'ai pas voulu en faire une série, c'est pas un thème non plus, Oz c'est plus comme une synthèse de différentes choses, les Crowd, le graffiti, les dessins qui servent à rien, en fait c'est toujours questionner et réinterpréter les codes brutaux de la ville mais surtout de la banlieue, c'est plastique, presque abstrait ou très figuratif au contraire, ça dépend du moment, ça dépend de la musique dans le MP3, mais c'est brutal, romantique comme un diner à la lumière noire". Gumo.
This is OZ, nothing makes sence.
Emergent Art on Da Zoo for P.K.O team. Je défini mon travail ou comme je l'nomme, la nouvelle D-figuration urbaine.
Ni graffiti, ni figuration, ni même du street art, mais un mélange, un joyeux bordel bien agité. C'est du hip hop, comme le dis mon pote Rachid Santaki, avec ses codes, son langage, son sampling culturel. On a appris, on a étudié, on reprend ça et là, on mélange et on refait ça à notre sauce.
Une sauce qui se traduit par une petite note:
Moi Gumo, Ugly kid,
Je suis un banlieusard, un numéro dans l'équation de l'aglutinement au mètre carré, c'est ma condition et qu'importe ce qu'en pensent les gens, c'est cet univers qui m'a fait. Tu veux comprendre, seul l'immersion totale est possible. Ici c'est sud sale alors FUCK Paris.
Les couleurs pastels sont teintées de gris, celui du béton délavé, du goudron fatigué, du RER arrêté à quai. Ma vie c'est mon parcours quotidien, un univers fait d'architectures mutilées et fantastiques, pleines de formes qui t'absorbent vers le fond.
Mon langage c'est celui de ma 91ème banlieue, encore différent de celui du 93, du 94. C'est un code de mots, d'expressions, de signes. En fin de compte l'école ayant cessé de remplir son rôle éducatif, les enfants apprennent le vocabulaire nécessaire à leur "survie" quotidienne dans un environnement faunique de mamies promenant leurs chiens & chats et de jeunes usant le chêne des bancs, un litron de Despe dans une main et un pilon dans l'autre, à refaire le monde d'après le 20 minutes et les applications Ihone.
Ici lorsqu'on veut se parler ça textote, ça écrit sur les murs, si tu cherches un échantillon de notre riche langage, regarde le vitrage du RER B et ses banquettes, faute de stylos on lacère et on grave, après tout, nos ancêtres l'ont fait et ça a fini au musée.. C'est un dictionnaire de noms propres et figurés, de temps à autre un message personnel adressé à la Police ou au service d'ordre de la RATP, toujours présent aux heures ou seules les mouches fréquentent les wagons.
Lorsque je regarde les informations le monde me fait peur, ici on a pas de problème de relation entre communautés, tout le monde parle un peu de tout, les marocains speak portugais mieux qu'arabe, les portugais parlent...franç'gais,sûrement les trop longs étés au bled, les asiat' parlent américain from L.A avec l'accent de la porte d'Italie et des grands magasins du dimanche, sandwich Viet' et jeux de Go .
Du coup le Ramadan c'est un peu pour tout le monde puisqu'on profite autant que ceux qui se privent des délicieux desserts d'Abibah une fois la nuit tombée, y a plus de Bible, de Coran et de Tanakh dans les cartables que de Balzac ou de Molière, on fête Laïd, Noel, le Têt, le mouton, le veau d'or, le vaudou sans se poser de question, enfin de compte c'est pour ça qu'on s'appelle tous "Frères" !
Si tu aimes la solitude on a de jolis petits parcs clotûrés avec des grillages affaiblis, des terrains de foot à revendre ou il faut jouer avant 20h sinon on doit venir avec des lampes torches pour voir la balle, faute de bars ouverts on a des caves 4 étoiles ou jouer aux cartes et faire ses devoirs, papa, maman ayant déja abandonné l'idée de faire quelque chose de nous, médecin, banquier, prof... Par contre jamais on entend au moment des orientations, "Mme, comment je fais pour entrer dans la police?", c'est pas qu'on ne l'aime pas, il suffit de lire les murs derrière le gymnase municipal, "on baise les keufs", c'est bien qu'il y a de l'Amour, mais les médias veulent du sensas'...De l'Amour on en a à revendre, il suffit de lire les messages au Typex ou à la flamme sur les plafonds des entrées ou couloirs d'immeubles, sur les tables de classe ou sur le bois des bancs. On a tellement peur de perdre ce fragile équilibre qui nous unis qu'il suffit de voir comment on le protège avec des pas grands choses, mes voisins par exemple ont pensé à casser les bouteilles de Champagne à Noël et à couler de magnifiques tessons dans le ciment de leur interminable mur, lorsque le soleil le frappe, cela renvoie la lumière d'une manière totalement catholique. D'autres encore dressent une végétation luxuriante et carnivore, dans laquelle se mêle toutes sortes de carillons.
C'est en ça que la ville est mon moteur principal et au delà, la banlieue, ma Banlieue.
On cherche loin alors qu'on a le monde à notre porte, surtout le 1er mercredi du mois avec le passage des encombrants. La rue devient une brocante à ciel ouvert ou l'on s'échange, on récupère, on ramasse tout ce que l'autre s'est contenté de jeter sur son pas de porte. Cela forme comme des montagnes d'une consommation éphémère et recyclable, on voit venir Noël et les soldes, ou le presque neuf doit laisser place au nouveau neuf. C'est là toute l'ingéniosité de notre civilisation. On a su se créer un monde ou une boite rentre dans une boite un peu plus grande, qui elle-même ira dans une autre boite du modèle au dessus.
Petit mes parents m'emmenaient à la montagne, les Alpes, aujourd'hui j'ai compris que cela était une connerie, les tours de ma Banlieue m'offre un panorama des plus reposant et ne venez pas me parler d'air pur, l'odeur d'une merguez qui grille les soirs d'été, adossé à la cheminée du 33ème étage vaut tout l'or du monde, lorsque je me sens seul je vais regarder les lumières dans la nuit s'éteindre une à une, toute cette énergie, quelle force, on dirait une incroyable guirlande qui serpente au milieu de toutes ces formes brutes et de cette flore sauvage et intacte.
Pour le spectacle, on fait dans le Shaekspearien, drames et lamentations tragiques font la une du supplément quotidien parce qu'on est fier de nos modèles négatifs, très jeunes nos enfants ont pour idoles, dealers, déliquants (détectés dès l'enfance à l'aide de puces secrètement implantées sous leur peau), stars de la télé-réalité, rappeurs gangsters, loosers et sportifs du dimanche.
D'ailleurs dès les beaux jours fleurissent les rassemblements d'équipes, qui se rangent étrangement par taille d'un bout à l'autre de la rue, de l'impasse, du square, des plus petits, jeunes padawan, aux plus grands, détenteurs de la force du côté obscur. Fuck maitre yoda !
J'ai le langage qui est le mien, rien à foutre qu'il ne plaise pas aux institutions, parce que j'ai conscience que l'Art n'a de science que le sens que lui donne le quartier. Je ne revendique aucune appartenance autre qu'à l'endroit d'ou je viens, mon regard se porte donc en spectateur sur cet environnement et au delà de ses "frontières" sur le monde qui nous entoure et nous influence. J'ai aucun problème à être à NYC ou ailleurs, car j'ai conscience de l'influence énorme que la culture américaine par exemple a eu et a encore sur nous, sur moi. Je n'en fais pas de jugement dans mon travail, une critique, des constats à la rigueur, déja car passer le balais en bas de chez nous ne nous ferait pas de mal de temps à autre et aussi car la critique et le questionnement aident à comprendre pourquoi telle ou telle chose a eu un tel impact, une telle incidence sur notre évolution en tant qu'être, que civilisation, si je prend le Hip hop, ne serait-ce que ça, comme le dit youssoupha, "ou t'as vu un reggaeman qui nique la Jamaïque?"
Moi je suis pas un artiste français, pas un artiste parisien, rien à voir entre eux et nous, je suis français mais je suis un banlieusard avant toute chose. Mon oeuvre est banlieusale, elle marche pas dans les clous, jamais à la page comme ceux de la Bastille, elle est portée par les gens qui charbonnent à 5h30 et qui te montrent une réelle fierté lorsqu'ils parlent de ton travail, eux qui n'ont pas tous la chance d'avoir été bercés dans un milieu socio-culturel toujours très élevé.
Et là je suis dans OZ, for real, le bien & le mal font leur lessive ensemble, les crapules jouent avec de futurs as de la finance, les inconnus partagent le même air que les futures stars, tout le monde est pote lorsqu'on sent les euros dans l'air, on sue, on pisse, on saigne tous de la même manière, car une fois la Lune couchée, on reste tous des enfants effrayés lorsque la tête s'effondre sous l'oreiller."
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